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MéthodologieLes cinq illusions du sondage RH··4 minutes

Loi de Campbell : pourquoi un score d’engagement ne devrait jamais devenir un objectif

La loi de Campbell explique pourquoi un score d’engagement utilisé comme cible peut finir par déformer les comportements qu’il devait éclairer.

Une cible bleue déformant un indicateur de climat de travail

En bref

  • Un indicateur aide à décider; il devient fragile lorsqu’il sert aussi à juger la performance.
  • La pression sur le score peut déplacer l’attention du climat réel vers la mesure elle-même.
  • L’engagement se pilote avec plusieurs signaux, une trajectoire et un dialogue avec les équipes.

Le tableau de bord affiche 72.

L’organisation voudrait atteindre 75 l’an prochain. La cible semble raisonnable. Elle est claire, facile à communiquer et assez précise pour suivre les progrès.

Puis le score commence à occuper toute la conversation.

Les gestionnaires veulent savoir quelles questions rapportent le plus de points. On choisit le moment le plus favorable pour lancer le sondage. On insiste auprès des équipes pour qu’elles participent. Certaines discussions difficiles sont reportées après la collecte.

Personne n’a nécessairement voulu manipuler le résultat.

Mais, peu à peu, l’organisation ne cherche plus seulement à améliorer le climat. Elle cherche aussi à améliorer le score.

Quand la mesure devient la mission

Le chercheur Donald T. Campbell a formulé une idée devenue célèbre : plus un indicateur quantitatif sert à prendre des décisions importantes, plus il risque de subir des pressions qui réduisent sa capacité à décrire la réalité.

Autrement dit, un indicateur fonctionne mieux lorsqu’il éclaire le travail que lorsqu’il devient le travail.

Cette idée, connue sous le nom de loi de Campbell, dépasse largement les sondages RH. On la retrouve chaque fois qu’une organisation transforme un signal en cible : résultats scolaires, temps d’attente, quotas de vente ou taux de satisfaction.

Le problème n’est pas d’avoir un objectif. Le problème est de demander au même nombre de décrire la situation et d’évaluer les personnes qui doivent l’améliorer.

À partir de ce moment, le score n’est plus neutre.

Un bon score peut cacher un mauvais déplacement

Imaginons qu’un gestionnaire soit évalué sur le score d’engagement de son équipe.

Il peut réellement améliorer ses pratiques : clarifier les priorités, reconnaître les contributions ou mieux répartir la charge. Le score progressera peut-être parce que le travail s’est amélioré.

Mais d’autres comportements peuvent aussi apparaître :

  • encourager surtout les employés satisfaits à répondre;
  • présenter la participation comme une preuve de loyauté;
  • concentrer les efforts sur les questions qui influencent l’indice;
  • éviter de soulever un enjeu sensible avant la campagne;
  • comparer publiquement les équipes sans tenir compte de leur situation.

Ces gestes ne sont pas toujours calculés. La pression créée par la cible suffit parfois à déplacer les priorités.

Le chiffre monte. Pourtant, la confiance nécessaire pour parler franchement peut diminuer.

L’engagement n’est pas un thermomètre unique

Un score d’engagement condense plusieurs réponses en un nombre facile à retenir. C’est utile pour repérer un mouvement général.

Mais ce nombre ne dit pas tout.

Deux équipes peuvent obtenir 72 pour des raisons opposées. Dans la première, les employés apprécient leur gestionnaire, mais se sentent surchargés. Dans la seconde, la charge est raisonnable, mais le manque de reconnaissance fragilise la mobilisation.

Le même score ne mène donc pas à la même action.

Il faut regarder les dimensions qui le composent, les écarts entre les groupes, l’évolution dans le temps et les commentaires qui donnent du sens aux résultats. Il faut aussi tenir compte de la participation : une hausse du score n’a pas la même signification si les personnes les plus critiques ont cessé de répondre.

L’indicateur ouvre une question. Il ne devrait pas la refermer.

Remplacer la cible par une règle de décision

Au lieu de demander « Comment atteindre 75? », une organisation peut poser des questions plus utiles :

  • Quel signal mérite une discussion avec les équipes?
  • Où observe-t-on une détérioration persistante?
  • Quelle action pourrait être testée?
  • Quand faudra-t-il mesurer de nouveau?
  • Quels autres indices confirmeraient ou nuanceraient le résultat?

Cette manière de travailler change la place du score.

Il ne sert plus à classer les gestionnaires. Il aide à déterminer où regarder, avec qui discuter et quoi suivre.

Une cible de participation peut connaître le même problème. Obtenir davantage de réponses est souhaitable. Mais si l’objectif devient « 80 % à tout prix », certaines équipes peuvent se sentir surveillées ou pressées. Le taux paraît meilleur; la liberté de répondre, elle, peut être moins claire.

La qualité d’une mesure dépend aussi des conditions dans lesquelles elle a été produite.

Ce que Kyogo cherche à préserver

Un logiciel de sondage RH ne devrait pas transformer chaque résultat en feu rouge, feu jaune ou feu vert.

Il devrait montrer la trajectoire, les dimensions qui évoluent, les groupes qui vivent une réalité différente et le degré de prudence nécessaire. Il devrait également relier la mesure aux actions, puis vérifier ce qui change.

C’est là que la loi de Campbell devient très concrète pour Kyogo.

Le sondage est un signal de gestion. Pas une note de performance.

Pour voir comment Kyogo construit des indicateurs à partir de plusieurs questions, consultez la documentation sur les mesures et les échelles.

On peut suivre un score. On peut même se donner une ambition. Mais la décision ne devrait jamais dépendre d’un seul nombre isolé de son contexte.

Car dès qu’un score devient l’objectif, l’organisation risque de réussir la mesure sans avoir amélioré le travail.

Questions fréquentes

Peut-on quand même fixer une cible d’engagement?

Oui, si elle reste un repère et non un verdict. Une cible devrait être accompagnée d’autres signaux, d’une lecture des écarts et d’une discussion sur les actions entreprises. Elle ne devrait pas servir seule à évaluer un gestionnaire.

Faut-il comparer les scores entre équipes?

La comparaison peut faire ressortir des écarts, mais elle exige de la prudence. Les métiers, les changements récents, la taille des groupes et la participation ne sont pas identiques. Une comparaison utile sert à comprendre, pas à établir un palmarès.

Quel indicateur suivre à la place?

Il n’existe pas de chiffre unique qui règle le problème. Il vaut mieux suivre quelques dimensions stables, leur évolution, la participation et les actions réalisées. Ensemble, ces éléments racontent davantage qu’un score global.

L’illusion à retenir

Illusion no 1 : le score est la réalité.

Un score résume. Il ne remplace ni le contexte, ni la trajectoire, ni la parole des équipes. Sa meilleure fonction est d’aider l’organisation à poser une meilleure question.

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Traitez le score d’engagement comme un signal à interpréter, jamais comme une note à atteindre à tout prix.

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